L’anthologie de 60 ans de mode de Charlie B

L’idée selon laquelle, la mode, objet de mépris des sphères académiques, demeure une terra incognita de recherche en sciences humaines, est désuète.

En réalité, le processus de renouvellement des conventions vestimentaires (la mode) constitue le phénomène qui a servi de modèle et d’analyse de la modernité artistique, sociale et économique.

Retracer l’histoire de “l’exemple” permet d’expliquer la polysémie associée au mot, qui désigne à la fois l’industrie de la confection, l’état des tendances vestimentaires, et plus largement l’état selon les époques, du goût moyen des individus appartenant à une tribu sociale prédéfinie.

Le hasard, les rencontres, l’amitié m’ont amené jusqu’à Deauville pendant la canicule de 1976, pour y ouvrir une première boutique, au nom prédestiné “DCDG”, Drôles de Choses pour Drôles de Gens.  

Elle fut suivie par d’autres, parmi lesquelles “Charlie B en 1977”, “MOI JE” en 1980, Chevignon en 1983, CN2 (comme nous deux) en 1986, Marlboro Classics en 1997 et (L’EGOISTE) en 2017.

En 44 ans, seules les marées se sont succédées à un rythme toujours identique tandis que les trottoirs de Deauville se transformaient à la vitesse de notre monde.

J’ai entendu les promesses « Maintenant il faut un homme de parole » de VGH, « Le changement c’est maintenant » de Mitterrand, « La France est coupée en 2, avec moi elle sera pliée en 4 » de Coluche en 1981, « Manger des pommes » de Chirac, « Ensemble tout devient possible » de Sarkozy, « Moi, président … » de Hollande, « … et en même temps » de Macron.

Je ne crois plus au Père Noël depuis longtemps et pourtant je continue à voter.

Parallèlement la mode a accompagné les mouvements d’émancipation de la femme, avec la décennie de l’iconique minijupe de Mary Quant.

La guerre du Vietnam puis les chocs pétroliers de 1973 et 1979 ont changé la donne, les teenagers chantaient, fumaient, militaient pour un monde plus juste sur des airs de mélodies engagées de John Lenon, Bob Dylan … suivis du rock psychédélique puis du reggae planant de Bob Marley et ses Warriors.

Les Hippies-Bohèmes revendiquèrent un corps libéré de toutes contraintes, suivent les années pop-stars en passant par le rock alternatif.

Après la vague new school des eighties, rythmée par Run-DMC et LL Cool, les nineties voient émerger Public Ememy, Beastie Boys, de la Soul, MC Hammer ou A Tribe Called Ouest.

Les années 90 consacrent la mode “Kinderwhore” (littéralement “enfant putain”) déclinaison du look grunge.

Les adeptes de la tendance Manga, adoptèrent les robes Babydoll cradisées, déchirées … on était loin des looks proprets des personnages lisses de Beverly Hills.

Dans le milieu des années 2000 déferle le look « Cyber » paré de vêtements futuristes qui empruntent leur coupe à l’univers industriel, taillés dans de nouveaux matériaux techniques comme le néoprène ou les microfibres.

A son opposé émerge une mode minimaliste qui pose les bases plus conscientes du “durable” et plus responsables, en devenir.

Les Eighties furent flamboyant, à la prospérité insolente puis ont laissé place à une décennie plus sombre qui s’est ouverte sur une récession.

Un courant réfute le matérialiste, l’ostentatoire, pour prôner “l’antifashion”, ses chantres, les néo créateurs japonais comme Yhoji Yamamoto, Izumi Ogino, Junya Watanabe et les « Six d’Anvers » dont Ann Demeulemeester, Dries Van Noten ou Dirk Bikkembergs, tous formés à l’académie Royale des Beaux-Arts d’Anvers.

Si l’esprit bohème a marqué les esprits, les Seventies voient l’émergence du mouvement Punk sous l’impulsion de la géniale Vivienne Westwood, arborée par les Sex Pistols et David Bowie.

Les jeans deviennent androgynes puis déchirés ; l’imprimé écossais se dévergonde…

L’histoire des modes est une précieuse indicatrice de l’évolution de nos sociétés urbaines.

Toujours provocatrice contre un ordre mal établi, en rupture avec les traditions, parfois délurée, parfois émancipée.

On l’améliore, la teint, la coud, la customise …

La mode est un faire-valoir, elle est le miroir de la condition sociale.

Dans les années 80, elle claque, secoue, innove, “frime and fric”, c’est le culte du corps, le bronzage et make-up outranciers, la tendance est logée au Too Much.

Sous la houlette de Jean-Paul Gaultier, Thierry Mugler, Jean Jacques de Castelbajac, Rei Kawakubo et autres Kenzo, on s’habille d’épaulettes XL et de couleurs fluo qui piquent la rétine ; les femmes deviennent des “working girls” qui font du sport de salon dans un legging en lycra. 

A l’époque des yéyés « tout le monde, il est beau … » ; plus qu’esthétique ces mouvements qui se suivent ou se précèdent sont idéologiques.

La mode sert à identifier les membres de chaque tribu qui composent nos sociétés urbaines (Punks, New Wave, Gothiques,..)

Un coup ce sont les Minimalistes à la japonaise de Yoshiki Hishinuna puis passent à l’exubérance d’un Alexander McQueen, John Galliano, elles s’amusent en chaussures à plateformes, jeans tailles hautes avec des couleurs criardes à la manière de Brenda et Kelly de Beverlly Hills, Rachel et Monica de Friends, les Spices Girls, Britney Spears. Mais aussi des égéries plus dark de la mouvance “Kinderwhare” comme la sulfureuse Courtneylove ; une tendance qui n’en finit pas de revenir, portée aujourd’hui par les labels les plus marketés de la fashionsphère, Off-White, Balenciaga, vêtements qui se réinventent sur l’autel des tendres nineties et leurs coupes radicales.

Le phénomène des marques apparaît dans les années 2000. Pour la première fois, le nom du fabricant du vêtement compte plus que sa qualité et son aspect.

C’est une véritable aubaine pour les marques qui transforment leurs clients en “hommes sandwich”.

Dans les années 2010, le sport est érigé en culte et ses marques canibalisent la fashionland, d’où les Adidas, les Nikes, les New Balance, les Converses, les joueurs de Polo de Ralph Lauren, les Serge Blanco, Eden Park et autres crocodiles Lacoste.

Aujourd’hui le marketing des célébrités ne se limite plus aux champions, des contrats mirifiques se signent avec des comédiens, des journalistes… “des passés à la télé”.

Internet entre dans la dance, avec ou sans star, dans le même temps et bouleverse les codes. Les marques investissent Instagram, Twitter, Pinterest, Snapchat, TickTock et échangent en direct avec leurs clients potentiels pour créer le désir de l’immédiateté 24h/24, le “See now, buy now”.

La révolution web est en marche, des nouveaux métiers s’inventent tous les jours.

Après un énième été mi streetwear mi sportwear, ces styles s’épuisent à force d’avoir été tellement exploités à toutes les sauces, par toutes les marques, à tous les prix.

« Le roi est mort, vive le roi ! »

 

La tendance Néo-Bourgeoise prend le relais avec un retour de la qualité, conjonction d’une volonté associée à l’intelligence créative de la main.

Dans ce contexte de pandémie et de streetwear logotypé, le Néo Bourgeois apparaît comme un parangon de contre-culture.

Voilà des années que j’attendais cette proposition alternative pour sortir de la sneakerfashion, (L’EGOISTE) avec ou sans ses parenthèses, est la petite marque Franco-Française qui monte, et met en évidence d’une façon nouvelle les pièces les plus iconiques du vestiaire masculin, un classicisme qui s’inspire des codes de la bourgeoisie et des “jeunesses dorées” comme dans Gossip up ou Claeless dans les années 2000 et plus récemment dans les séries comme Elite ou encore le personnage de Véronica Lodge dans Riverdale.

Pour l’été 2021, la mode masculine est devenue bipolaire, d’un côté écoresponsable et de l’autre une tradition retrouvée : l’art du métissage.

Fini les looks jetables, la qualité rassure. Il y a une idée d’une élégance qui redonne ses lettres de noblesse à l’esprit Français.

Une garde-robe du “durable” qui respecte l’urgence écologique sans pour autant vouloir retourner vivre en communauté sur les plateaux du Larzac. (Ni chèvre, ni mouton)

Après les sportifs de salon, les yuppies des années 80, les bobos des années 2010, les gilets jaunes du patrimoine urbain 2019, nous vous proposons une collection éco-responsable qui donne un sens à notre métier.

« La mode industrialisée à grande échelle, est le dernier stade avant la ringardise » écrivait Karl Lagarfied. Cela tombe bien, le nouveau chic se décline uniquement en séries limitées hors promotions, soldes et Black Friday.

Le changement climatique n’est pas une fatalité c’est un choix de modèle économique, nous avons relocalisé notre sélection et nous avons mis un maximum de conscience dans un minimum de mercantilisme.

Cela passe par le partage des valeurs depuis la récolte ou l’élaboration de la matière première jusqu’à vous, le consommateur final, notre allié en la circonstance.

Quoiqu’il en soit, vous ne serez jamais bien habillé(e) sans votre sourire.

NO SOLDES, NO PROMO, NO BLACK FRIDAY…

prix sincère toute l’année.

 

Charlie. B – Commerçant militant

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